Le bitcoin, stimulateur d’innovation ?

La monnaie en ligne bitcoin suscite de nombreuses interrogations. S’agit-il d’une bulle spéculative ? Est-elle vraiment aussi anonyme que le prétendent ses partisans ? Peut-on réellement l’utiliser pour acheter la variété de marijuana White Widow ou pour embaucher un tueur à gages ? Des questions intéressantes, mais le plus important serait de savoir si le bitcoin peut stimuler l’innovation du secteur financier.

Le bitcoin est si novateur qu’il rapproche les idéologies partisanes les plus opposées. Le Prix Nobel 2008 d’économie, Paul Krugman, et l’idole du Tea Party Ron Paul, qui sont diamétralement opposés sur presque toutes les questions, détestent tous deux la monnaie numérique.

Mais les opposants devraient se demander si les idées révolutionnaires du bitcoin ne pourraient pas permettre une véritable réforme du système financier mondial. Car, bien que la crise financière de 2008 ait révélé les profonds défauts institutionnels du système, la réponse apportée par la loi Dodd-Frank de 2010 aux Etats-Unis et les normes bancaires Bâle III n’ont pas engagé les transformations nécessaires. De même, les mouvements de protestation comme Occupy Wall Street, qui visaient à réformer la culture de la finance, ont eu des résultats mitigés.

Le fait est que personne – sauf peut-être la petite coterie des initiés de la finance qui ont bénéficié de plans de sauvetage payés par les contribuables – ne peut se satisfaire du système actuel. Ne serait-ce qu’en raison du risque d’une nouvelle crise, à laquelle on peut s’attendre dans un avenir pas si lointain, et qui sera sûrement accompagnée de renflouements de banques encore plus importants.

RÉDUIRE LE RISQUE SYSTÉMIQUE

Or, la technologie sur laquelle repose le bitcoin pourrait non seulement aider à réduire le risque systémique en protégeant le système d’activités financières utiles, mais imprévisibles, mais encore il pourrait renforcer la croissance économique.

En effet, les institutions financières agissent pour l’essentiel comme des intermédiaires mettant en rapport les investisseurs, les emprunteurs et les épargnants, et consignant les avoirs et les dettes de chacun. En échange de ces services, les professionnels de la finance touchent de gros émoluments.

Ainsi, demander si les énormes salaires des banquiers sont justifiés équivaut à poser la question de la plus-value créée par l’intermédiation financière : il n’y a pas de réponse simple. En revanche, c’est certain, en permettant à une plus grande proportion de la richesse d’être canalisée vers l’investissement et les activités économiques productives, des services financiers plus efficaces stimuleraient la croissance.

En d’autres termes, le secteur des services financiers peut être considéré comme une sorte de taxe sur le reste de l’économie. Chacun gagnerait donc à ce qu’il soit le plus petit possible. A Londres, par exemple, les chèques en papier sont envoyés physiquement d’une banque à l’autre, ce qui signifie qu’il faut cinq à six jours pour que les fonds soient transférés.

LES FRAIS LARGEMENT ÉLIMINÉS

L’inefficacité du système financier mondial n’est pas simplement la conséquence de règles et de structures obsolètes : la recherche du profit est aussi un facteur important. Alors que les autorités britanniques ont récemment annoncé la fin du transfert physique des chèques, le délai de deux jours pour la compensation des chèques va rester en vigueur. Etant donné que le traitement des images numériques des chèques est quasi instantané, le maintien de ce délai ne peut s’expliquer que par l’intérêt produit par la détention de l’argent aussi longtemps que possible.

Ce n’est que l’une des nombreuses façons dont le secteur financier tire des ressources de l’économie. La charge de 3 % à 5 % prélevée par les sociétés de cartes de crédit représente plusieurs centaines de milliards de dollars de profits par an pour des entreprises comme Visa et MasterCard. Les frais sur les virements et l’échange de devises peuvent grimper à 10 % ou plus par transaction, avec des interruptions et des procédures complexes qui rendent ces services encore plus coûteux.

Avec le bitcoin, les frais, de retard et autres, qui servent à remplir les poches des services financiers peuvent être largement éliminés. Mais une des innovations les plus intéressantes que propose la monnaie réside dans Blockchain : un logiciel qui garde une trace de toutes les transactions et produit un décompte de qui possède quoi. Blockchain remplit ainsi la fonction de « grand livre », proposée par les banques, mais à un tarif très inférieur pour les consommateurs et les entreprises.

APPROCHE COMMUNAUTAIRE

Propulsé par un algorithme open source (« libre ») et géré par quiconque choisit de télécharger le logiciel gratuit, le bitcoin marque un retour à une approche communautaire de l’argent et de la banque, avec des services financiers plus intimement liés aux personnes qui les utilisent.

La gestion monolithique par un tiers, du type des banques actuelles, trop grosses pour faire faillite, pourrait être stoppée net. En effet, avec des logiciels comme Blockchain, au service d’une nouvelle architecture financière, l’individu pourrait devenir lui-même la banque !

Le bitcoin et son écosystème doivent encore mûrir, et seul le temps nous dira si les niveaux de prix actuels sont l’effet d’une bulle spéculative. Mais les innovations lancées par le bitcoin peuvent et devraient jouer un rôle novateur dans la construction d’un système financier plus sûr, moins cher et plus efficace.